Amandine court depuis qu’elle a 14 ans. Certains courent après la gloire, d’autres après l’argent, pour se dépasser, pour avoir de jolies fesses, …  Amandine court parce c’est évident, qu’elle ne pourrait pas faire autrement.

Amandine est à un moment de sa vie où elle se sent perdue et a besoin de trouver qui elle est. Courir le marathon de New York est, pour elle, la façon la plus évidente de se tester et de trouver un sens à sa vie. « Et puis, quitte à faire un marathon autant choisir le meilleur ! »

Quand je lui demande si quelqu’un a fait la course avec elle,  elle me répond « Je voulais le faire seule, c’était un combat contre moi-même. Je n’ai jamais eu beaucoup d’estime de moi, j’avais besoin de me prouver que j’en étais capable ».

Pour participer au marathon de New York, il faut passer par des agences de voyage qui gèrent tout : l’avion, l’hôtel et qui ont le monopole sur les dossards. C’est un véritable business. On peut aussi gagner sa place à la loterie. Le dossard coute 250 euros. Par comparaison, celui du marathon de Paris coute 100 euros.

Amandine a économisé pendant 2 ans pour pouvoir y participer. Elle s’est inscrite en janvier et  a reçu la réponse en mars. L’aventure peut enfin commencer !

Le marathon demande de l’entraînement mais surtout de la force mentale… Et ça, Amandine n’en manque pas ! L’âge idéal pour cette course c’est 30/35 ans ; elle en a 24.

Elle commence l’entrainement, Guillaume la coache, la soutient et l’accompagne. Elle court 10 km 4 à 5 fois par semaine. Comme tout le monde, je lui pose la question « Mais, avant de faire le marathon tu avais déjà couru 42 km ? » « Non, 15 jours avant, j’ai fait 30 km et puis la dernière semaine c’était repos »


Le jour du départ est arrivé, sa maman l’accompagne : « C’était évident, je voulais vivre cette aventure avec elle. Nous sommes fusionnelles. On partage tout ».





Dernière nuit avant la course, Amandine n’arrive pas à dormir : « J’étais hyper stressée. J’avais la boule au ventre. A 3h du matin, je commençais enfin à m’endormir, et là j’entends des bruits dans la chambre voisine,  « Oh yes ! Oh my god ! » On aurait dit un mauvais film porno !  Ça aurait pu être drôle mais pas là, pas à quelques heures du départ. J’avais envie de les tuer ! »

Après une nuit quasi blanche Amandine et sa maman partent de l’hôtel à 5h30. Pour arriver sur la ligne de départ c’est un véritable parcours du combattant !

Le marathon de New York c’est 55 000 participants et pour réussir à gérer tout ce monde sans bousculade, c’est une organisation incroyable! Elle commence par 1h de bus, s’ensuivent 20 minutes de marche pour passer les portiques de sécurité.

A ce moment-là les choses se compliquent. On est en Novembre, il fait 2 degrés, il y a des rafales de vent. L’attente est interminable, les gens se collent les uns aux autres pour se protéger du froid, certains se mettent même dans des cartons ! On boit du thé pour se réchauffer.

Les gens sont regroupés en fonction de l’estimation de leur temps de course dans ce qu’elle appelle  des « cages » et les départs se font par vague. Amandine a attendu 3h30 dans le froid avant de pouvoir enfin commencer la course.

Et puis il y a des problèmes auxquels on ne pense pas : attendre, boire du thé… forcément il y a bien un moment où l’on doit aller faire pipi . Et avec tout ce monde, il vaut mieux anticiper ! « J’y suis allée en apnée, il n’y avait pas de chasse d’eau, en gros c’était juste un trou ! J’ai mis mon bandeau sur le nez, il était hors de question que je me retape toute la queue dans l’espoir de trouver d’autres toilettes plus accueillants ! »


Enfin La course commence. La première étape est le pont Verrazano-Narrows qui est totalement submergé par les coureurs. Cette étape dure à peu près 10 minutes, « on est au-dessus de l’eau, on vient d’enlever le surplus de vêtement et le vent est glacial ! »

Après toute cette attente, ce froid, ce monde c’est très tentant de commencer la course en courant vite « C’est ce qu’il ne faut surtout pas faire ! », Beaucoup de participants se blessent à ce moment-là.







Amandine débute la course doucement, elle court à côté d’un monsieur de 68 ans qu’elle avait croisé à l’hôtel. Il lui dit, « vas-y, tu n’es pas obligée de courir au même rythme que moi ». Mais Amandine regarde, découvre, elle est bien.

Au marathon de New York, environ 2500 participants sont Français. « Il y a une vraie complicité qui s’installe entre nous, on se reconnait, on s’encourage, certains même se regroupent, courent avec des drapeaux ! Pour une fois j’étais fière de représenter la France »

L’ambiance est incroyable. Pendant toute la course elle s’est sentie soutenue, encouragée, supportée « France ! France ! » « C’était émouvant, j’en avais des frissons »






Ce marathon montre aussi toute la diversité de New York.

Tout au long du parcours, chaque quartier encourage les marathoniens à sa façon. A Harlem il y a des concerts de Gospel, dans le Bronx on entend les rappeurs, chacun représente son quartier. Comme Alice, Amandine passe d’un monde à l’autre et assiste émerveillée au spectacle.

« Ce marathon est un véritable rayon de soleil, partout les gens font la fête, on entend des rires, des cris. »

Elle s’écarte même quelques secondes de la course pour faire la fête dans un concert ! « Je n’ai pas vu passer les 42 km, moralement je n’ai pas ressenti de difficulté, j’avais l’impression d’assister à un spectacle. J’étais obnubilée par les pancartes, les encouragements,  la musique…»





Pour Amandine, le marathon de New York est une aventure humaine, « les gens, je me suis blindée de ça »

Pour les familles qui accompagnent les coureurs, il est difficile d’arriver de les trouver pour les encourager. Heureusement il y a les smartphones ! «Il existe une application pour suivre les coureurs ». Ainsi tout au long de la course Amandine peut voir des papas sauter dans les bras de leurs enfants venus les soutenir, des hommes embrasser leur femme...

Et puis au 30ème km elle entend « Amandine ! » sa mère est là, en pleurs, tellement émue de retrouver son  bébé. « J’étais, fière, émue, je ne ressentais pas la fatigue. » 




Mais le marathon de New York c’est aussi les coureurs handicapés. Ils sont une quarantaine sélectionnés à travers le monde « C’est cliché mais dans ces moment-là, tu salues leur courage et tu te dis que tu as de la chance d’être sur tes deux jambes »
 

Au 40ème km, Amandine ressent une violente douleur à la cheville, en pleine montée, comme un coup d’électricité.   Sur les conseils de Guillaume elle ne s’arrête pas « il ne faut pas que tu marches sinon tu ne pourras plus repartir ».

Mais la douleur est vraiment aigüe et ne passe pas. Il lui reste 2 km avant de terminer la course. Elle repense à un de ses collègues qui, ne croyant pas en elle, lui avait dit « tu ne tiendras pas le choc, c’est obligé à un moment donné tu vas marcher ».

Amandine reprend courage, elle ne lui donnera pas raison « même pas en rêve ! ». Elle lève la tête, voit la foule qui lui crie « c’est bon tu l’as fait ! » Elle se concentre sur eux, sur tous ces gens qui ne la connaissent pas et qui la soutiennent. Plus que  2 km…




Elle accélère. Pendant toute la course elle a maintenu le même rythme, elle sent qu’il lui reste des forces. Elle accélère encore et passe enfin la ligne d’arrivée ! Amandine lève les bras et pleure. Et la première chose qu’elle se dit, comme à la sortie d’un manège à sensation « il faut que j’en refasse un ! »




Les bénévoles viennent vers elle, lui donne une couverture de survie, un peu d’eau et à manger.

Elle qui se sentait si légère a l’impression de peser une tonne. Elle marche pendant 1h pour sortir de central Park.

Elle est seule, elle n’a pas le téléphone. Pas d’argent pour le métro ou le taxi. Elle se sent vaguement perdue mais elle est bien. Elle cherche sa mère.


 
L’endorphine diminue, les douleurs se réveillent. Elle arrive à l’hôtel et retrouve sa maman qui pleure, de joie et de fierté. « Elle est même prête à me le payer pour que je puisse le refaire l’année prochaine ! »

Elle l’a l’impression d’être droguée, elle se sent partir mais elle est bien.


Les jours qui suivent, Amandine n’arrive pas à redescendre de son marathon, elle repense à tous les gens, à la chance qu’elle a d’avoir ses deux jambes. Elle l’a vécu comme un rite initiatique, une aventure humaine. 

« J’avais le sourire du début à la fin, je me suis sentie vivante »
« Je me suis retrouvée »



Petit clin d’œil coquette, Amandine n’a pas oublié le vernis pour courir le marathon !